Terre de Lin – La première coopérative linière de France se crée un passage dans le secteur des composites

Enracinée en terre normande, à l’intérieur de la zone oblongue qui, de Caen à Amsterdam, concentre 90 % de la production mondiale de fibre de lin, Terre de Lin (40 000 t./an) est leader mondial sur ce marché encore fortement orienté vers l’application textile. L’intégration progressive des fibres végétales techniques dans les matériaux, et spécialement dans les composites, offre à la filière lin des possibilités d’extension d’activité que cette coopérative explore depuis une dizaine d’années, en lien avec des entreprises partenaires. Son nom et son savoir-faire sont ainsi associés à de notables succès industriels dans le ski, les systèmes audio, le design d’ameublement ou encore la navigation de plaisance.

 

Créé au début des années 2000 par fusion de coopératives, Terre de Lin est le produit d’une longue histoire agro-industrielle commencée il y a 80 ans à partir de la culture d’une plante vieille comme le monde : le lin. Son leadership s’est construit dans le temps par des évolutions appropriées qui lui ont permis d’acquérir la maîtrise de toutes les étapes amont de la filière lin, de l’obtention de variétés et la production de semences à la R&D et la production de renforts, en passant par le teillage et le peignage. « C’est ce qui fait notre unicité et fonde notre réussite. Être une coopérative a été un atout, invoque Laurent Cazenave, chargé de la communication. Nos engagements, nos investissements s’inscrivent dans une vision à long terme dont la finalité reste la valorisation durable de la production de nos 650 agriculteurs. Le mode de gouvernance équitable, la taille humaine de l’entreprise, qui favorise la proximité avec les adhérents et les 250 salariés et donne une vraie stabilité dans le management, sont une force pour un développement dans la durée. »

 

Diversification nécessaire

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L’une des évolutions stratégiques récentes a été initiée en 2008 en réaction à la crise des subprimes. Le marché textile étant profondément affecté, Terre de Lin s’est mis en quête de voies de diversification. Son intérêt s’est porté sur les matériaux composites auxquels la fibre de lin pouvait apporter des propriétés complémentaires. Cheminant dans cette direction, la coopérative s’est affiliée en 2009 aux acteurs du lin et du composite normands au sein du cluster Fimalin pour avancer dans la recherche de marchés et le développement de produits. La reprise en 2015 de la société Biorenfort, devenu le pôle composites de Terre de Lin sous l’appellation TDL Technique, a marqué une étape décisive, esquissant de réelles perspectives pour cette jeune activité.

 

Une fibre qui a des arguments

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Les mêmes variétés de lin, les mêmes modes de culture sont employés pour le textile et les composites. C’est dans la sélection et la préparation que se fait la différence. « On cherche les fibres qui ont des caractéristiques mécaniques adaptées et on prépare des renforts à partir de fibres non pas twistées mais parallélisées. Les faibles contraintes mécaniques auxquelles elles sont soumises pendant la préparation préservent l’intégrité de la fibre. » Les fibres de lin sont très bien placées par rapport aux fibres de verre et de carbone grâce à leur légèreté, leur gestion du vibratoire (amortissement des chocs, isolation phonique et thermique, résistance, longévité) mais aussi leur aspect esthétique. A ces propriétés s’ajoutent les qualités propres aux fibres naturelles et au lin en particulier : un confort d’utilisation pour les opérateurs, une valeur éco-responsable (culture raisonnée, à rotation longue, valorisation de tous les co-produits, recyclabilité…), une traçabilité qualitative intégrale, la possibilité d’une production entièrement localisée en France. « Dans la plupart des projets, note Laurent Cazenave, l’attente n°1 est une alliance entre l’aspect environnemental et la réponse technique qu’on va savoir apporter. »

 

Des partenariats au long cours

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Adhérent d’IAR, Terre de Lin développe ses solutions dans le cadre de partenariats au long cours. Celui engagé avec Salomon il y a une dizaine d’années a inspiré un produit composite en fibre de carbone (pour la rigidité) et fibre de lin (pour la gestion du vibratoire) que l’entreprise haut-savoyarde a intégré dans des skis spécifiques avant de l’étendre à toute sa gamme. Les renforts mis au point pour la marque Focal se retrouvent dans la membrane de haut-parleurs, apportant une pureté du son et réduisant les grésillements. Pour l’anecdote, ils équipent notamment l’Alpine Renault produite à Dieppe. Dans un autre domaine, la collaboration entre SAINTLUC, TDL Technique et Sotiwell a permis l’édition de plusieurs meubles design et écologiques où le lin, incorporé par le transformateur pour la première fois, fait la démonstration de ses qualités esthétiques. L’esthétique, alliée à l’aptitude à résister aux chocs, a aussi conquis la marque EGIDE qui a adopté la fibre de lin pour ses casques de vélo et d’équitation. « Ces partenariats sont à l’origine de vraies réussites industrielles. On retrouve à chaque fois les mêmes éléments : notre expertise en tant que producteur de fibre, concepteur et producteurs de renforts et notre capacité à accompagner toute la chaîne du projet composite dans lequel s’intègre le lin », indique Laurent Cazenave.

 

Un effort de communication

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L’entrée de la fibre de lin dans les composites est récente, dix ans à peine. Aujourd’hui, tout secteur qui utilise ces matériaux est potentiellement un marché de développement pour le lin. Avec un si large champ d’applications, on peut lui prévoir dans l’avenir une percée durable. À condition de communiquer davantage pour que les capacités techniques qui la différencient de la fibre de verre ou de la fibre de carbone, sa compatibilité avec les procédés de mise en œuvre utilisés par la filière composites et ses niveaux de coût acceptables soient mieux connus des donneurs d’ordre. Un travail de promotion est entrepris par la Confédération européenne du lin et du chanvre, auquel Terre de Lin contribue en fournissant des preuves par l’exemple. Le bateau 100 % lin lancé en 2020 par IDB Marine en partenariat avec l’incubateur Kaïros et TDL Technique contient des renforts à base de lin correspondant exactement au cahier des charges en termes de résistance, de légèreté et d’empreinte environnementale.

 

L’aspect technico-économique déterminant

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« L’aspect technico-économique a été déterminant : le surcoût par rapport à une autre fibre composite a été très faible dans la conception du bateau IDB Marine. Cela montre que nous avons des solutions en phase avec les attentes de segments de marché bien ciblés. » Autre illustration de ces combinaisons gagnantes : un composite BMC à base de lin fourni par TDL Technique à la société IDI pour le compte de Mecelec qui l’utilise dans le dôme des nouvelles colonnes Morris implantées à Paris par JC Decaux. Ce produit a remporté en 2020, dans le cadre des Jec Innovation Awards, le prix de la meilleure innovation dans la catégorie Design et Mobilier. À travers les succès obtenus, l’intérêt grandissant des donneurs d’ordre est perceptible. Si le premier marché de Terre de Lin reste le textile, « et de loin », la part des fibres dédiées aux composites devrait progressivement se développer dans l’activité globale de Terre de Lin. Guidée par sa vision à long terme, la coopérative s’y prépare.

terredelin.com

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