La Bioéconomie pour révéler le potentiel des territoires

La bioéconomie ne consiste pas uniquement en la valorisation économique de la biomasse. Au sens plein et entier du terme, la bioéconomie implique une transformation profonde des modèles économiques, pour construire des écosystèmes productifs assurant un bouclage efficace des cycles de matière et d’énergie, tout en minimisant les externalités négatives. Capter tout le potentiel de la bioéconomie implique un changement systémique, c’est-à-dire une évolution radicale du positionnement d’un grand nombre d’acteurs. L’approche territoriale du développement économique, qui consiste à privilégier les liens locaux et les ressources locales, constitue une voie privilégiée de conduite d’un tel changement systémique.

À travers mon ouvrage Le Renouveau des Territoires par la Bioéconomie*, à paraître l’été prochain, j’explore les conditions de déploiement d’une approche territoriale de la bioéconomie. J’y décris les principaux fondements économiques du développement territorial avant de présenter leur application aux activités bioéconomiques. Sont ainsi passés en revue les moyens d’identifier le potentiel de développement de la bioéconomie sur un territoire et les principes à respecter pour associer les différentes parties prenantes pour construire une stratégie de développement équilibrée et efficace. Le propos est accompagné de nombreux exemples de démarches portées par des types d’acteurs variés, en mettant l’accent à la fois sur les réussites et sur les inefficacités.

Un des points clés de l’ouvrage est la nécessaire coexistence de modèles variés impliquant différentes échelles de production et différentes échelles territoriales. De même que l’approche territoriale ne saurait se substituer à l’approche « conventionnelle » (basée sur l’optimisation des coûts indépendamment de l’ancrage local) du développement, la réalisation du potentiel de la bioéconomie impliquera nécessairement des formes extrêmement variées d’organisation, sans qu’un type d’organisation prenne le pas sur les autres. Aller au bout de l’approche bioéconomique nécessite de penser le système économique à l’image des systèmes vivants, en introduisant des rétroactions, et en maximisant les interdépendances vertueuses entre acteurs hétérogènes, et en répliquant les mêmes principes d’organisation à différentes échelles, de l’entreprise individuelle aux vastes ensembles régionaux. Réussir cette transition suppose de compléter les signaux des prix par des incitations à créer de telles interdépendances, selon une approche inspirée des principes de la thermodynamique et de l’écologie. Je conclus par un plaidoyer pour mettre en œuvre cette démarche bioéconomique à toutes les échelles, gage à la fois de création de richesse (notamment sur les territoires en déprise) et de résilience de l’ensemble du système économique.

Jean-Marc CALLOIS

*Le Renouveau des Territoires par la Bioéconomie

Collection Matière à débattre et décider
Editions Quæ, environ 240 pages
Parution : été 2022
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À PROPOS DE L’AUTEUR : 

Né en 1973, Jean-Marc Callois est polytechnicien et ingénieur général des Ponts, des eaux et des forêts. Il a eu, au cours de sa carrière, une expérience de terrain diversifiée entre services déconcentrés de l’Etat, collectivités territoriales et instituts de recherche. Docteur en sciences économiques et habilité à diriger des recherches, il est spécialiste des questions de développement territorial, et il a orienté ses travaux académiques sur la bioéconomie à partir de 2013. Il est actuellement délégué ministériel aux entreprises agroalimentaires au Ministère de l’agriculture et de l’alimentation. À ce titre, il coordonne le suivi des entreprises de l’aval des filières biosourcées, et assure une fonction d’animation des politiques du ministère impactant les entreprises agroalimentaires.

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