Fibres végétales : une alternative écologique et performante pour l’isolation des bâtiments

Dans la famille des matériaux biosourcés appliqués à la construction, les isolants souples à base de fibres végétales connaissent une croissance particulièrement dynamique, portée par la vague de « verdissement » des bâtiments. Ils ne représentent encore que 3 %* du marché de l’isolation en valeur (hors bois) mais leurs performances techniques challengent aujourd’hui les produits conventionnels et la transition écologique joue en leur faveur. Acteur majeur de cette jeune filière, Cavac Biomatériaux, filiale de la coopérative agricole Cavac qui a osé il y a plus de 10 ans une diversification dans ce domaine, a transformé une démarche innovante en réussite économique, partagée par les 200 agriculteurs de son bassin de production.

Cavac Biomatériaux

Le premier prix de la bioéconomie remis en 2019 par le ministère de l’Agriculture à Cavac Biomatériaux n’est pas un détail ornemental pour cette PME de 45 personnes. Il reconnaît et récompense à la fois ses solutions d’isolation biosourcées et une organisation vertueuse fondée sur le circuit court, la maîtrise totale de la production et une politique zéro déchet. Il met aussi en lumière une histoire singulière, celle de Cavac, une coopérative agricole solidement implantée en Vendée, qui a eu dès 2007 l’intuition d’un avenir possible dans les matériaux issus du chanvre.

 

Une usine unique en Europe

Cavac Biomatériaux

Naturellement résistant, favorisant la rotation des cultures, renouvelable et neutre en CO2, le chanvre est une plante en tout point avantageuse, jusque dans ses multiples applications non alimentaires. En partant de cette ressource, Cavac a mobilisé les coopérateurs de son territoire autour d’un projet ambitieux devant permettre d’élargir leurs activités et de leur assurer des revenus complémentaires. « Leur volonté n’était pas d’être de simples producteurs de matière première mais de construire une filière locale complète, du champ au chantier, c’est-à-dire de la production à la distribution, en ciblant notamment le secteur de la construction qui se doit d’avoir une orientation de plus en plus locale », précise Valentin Colson, Responsable R&D Cavac Biomatériaux.

L’idée mûrit deux ans et se concrétise en 2009 avec la création de la filiale Cavac Biomatériaux et par des investissements lourds dans des outils agricoles spécifiques et la construction d’une usine de transformation de la paille. Unique en Europe, elle intègre sur le même site de 2500 m2 une ligne de défibrage qui sépare les constituants de la paille (de chanvre et de lin oléagineux) et une ligne de nappage qui prépare les fibres à leur utilisation en panneaux d’isolation flexibles. Cavac Biomatériaux lance en 2010 sa marque Biofib’isolation.

 

Des performances comparables

Premières batailles, premières victoires : l’obtention des certifications (ACERMI, avis techniques) qui apportent l’assurabilité des produits mis en œuvre dans le secteur du bâtiment. Munie de ces indispensables sésames, l’entreprise dotée d’un pôle R&D déroule sa stratégie d’innovation et lance des produits à base de chanvre (100 % ou mélangé), et en particulier le Biofib’trio, composé de chanvre, lin et coton, qui devient et reste un best-seller. Entre 2014 et 2019, la production d’isolants souples est multipliée par trois. Premiers supporters de Biofib’isolation : les artisans. « Nos produits ont suscité l’engouement des plaquistes qui apprécient le confort qu’ils apportent à la pose : ni gant ni masque ni risque d’irritation. » En les réunissant à partir de 2015 dans un club (Biofib’Experts), Cavac Biomatériaux entretient leur pouvoir naturel d’ambassadeurs de la marque.

Les solutions que l’entreprise a introduites sur le marché doivent aussi leur succès aux propriétés intrinsèques des fibres techniques. « Leur faiblesse technique, qui a été pointée à une époque, n’est plus un contre-argument valable aujourd’hui, affirme Valentin Colson. Leurs performances, notamment thermiques et acoustiques, sont très proches de celles des produits conventionnels et répondent aux exigences les plus strictes de la construction. Raison pour laquelle ces isolants intéressent de plus en plus et voient leur champ d’application s’élargir aux très gros chantiers de logements collectifs comme aux ERP de type établissement scolaire. »

 

RE 2020, un atout

Cavac Biomatériaux

L’activité R&D de Cavac Biomatériaux sur le volet isolation reste dirigée vers la mise au point de solutions toujours plus performantes mais aussi sur la démonstration de l’aptitude à l’emploi des produits dans leur mode constructif, vis-à-vis de l’eau, du feu, etc. Si Valentin Colson espère que les matériaux biosourcés continueront de prendre des parts de marché sur le polyuréthane, le polystyrène, la laine de verre et la laine de roche, il fait preuve de discernement : « Il ne faut pas se passer complètement des produits conventionnels mais mettre les bons produits aux bonnes applications en privilégiant chaque fois que possible les matériaux aux plus faibles impacts environnementaux. C’est notre vision. » Au-delà de sa propre success story, Cavac Biomatériaux qui est un adhérent d’IAR, pôle de la bioéconomie, souhaite contribuer à faire plus largement reconnaître les vertus du chanvre dans la construction et à développer la filière en France. L’entrée en vigueur en 2021 de la nouvelle Règlementation Environnementale RE 2020 pourrait lui être bénéfique.

 

Cavac biomatériaux : une activité répartie

Les fibres techniques de chanvre, principalement exploitées pour l’isolation mais aussi dans le secteur automobile et la fabrication de papiers spécifiques, représentent 20 à 25 % des volumes produits par Cavac Biomatériaux, la chènevotte (litières animales, paillage, béton de chanvre) 55 à 60 % et les fines (chape isolante) 15 à 20 %.

 

D’autres fibres au pouvoir isolant

En dehors du chanvre, d’autres matières premières naturelles sont valorisées sur le marché de l’isolation par des adhérents d’IAR. SOPREMA, un des leaders mondiaux de l’isolation des bâtiments, fournit des solutions à base de ouate de cellulose et transforme (via sa filiale Patavex) les fibres de bois. Quant au procédé suisse Gramitherm, il permet de fabriquer des panneaux isolants à base d’herbe des prairies provenant de polders en Flandre et aux Pays-Bas.

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